La fabrication du savon-crème (2/3)Une fois la trace épaisse atteinte, nous allons aborder l'opération suivante, spécifique à la méthode à chaud : la cuisson de la pâte.
L'objectif de cette cuisson est d'obtenir
la saponification complète de la pâte, qui se traduit par l'apparence de vaseline translucide *, équivalente au stade gel du savon en barre.
D'après Catherine Failor (et Bekka), cette gélification signifie que le savon est en train de se "neutraliser". Attention, neutraliser ici ne signifie pas d'atteindre un pH de 7, ce qui est impossible pour un savon. Cela ne signifie tout simplement qu'il n'y a plus d'excès d'alcali (hydroxydes) et que le pH ne doit plus dépasser la barre de 10.
D'après moi, c'est cette saponification complète qui expliquerait que
le savon issu de la méthode à chaud demeure plus stable que celui de la méthode à froid. En effet, ce dernier semble encourir un risque plus grand de séparation, d'après les témoignages lus aussi bien sur le forum
Cream Soap que sur les forums
Liquid Soap et
Cold process Liquid Soap.
I) La préparation de la pâte de savon'B) La cuisson de la pâte 1) Quelle température pour la cuisson ?Sachant que :
- la température aide à accélérer le processus de saponification
- ne se pose plus le problème de sensibilité des ingrédients car de toute façon, les hydroxydes en détruisent une bonne partie
- dans la fabrication du traditionnel savon de Marseille, la pâte à savon est cuite jusqu'à 130°C (266°F) pendant plusieurs jours
- les préconisations des différents auteurs de savon-crème fait maison varient de 70°C (160°F) à 132°C (270°F)
je me suis longtemps posé cette question...jusqu'à ce que je fasse l'expérience d'une température élevée...à mes dépens
Effectivement, dépassés les 80°-90°C (176°-193°F), on a intérêt à surveiller sa pâte car, à l'instar du lait qui chauffe, elle gonfle et déborde ! Merci pour le gâchis et le nettoyage du matériel.
Personnellement, par paresse, j'ai adopté une température de 80°C (176°F) pour pouvoir "oublier" ma pâte au four sans causer de dégât.
2) Les méthodes de cuissonJ'en ai dénombré :
- au bain-marie (Catherine Failor, avec un double boiler)
- avec une mijoteuse (crockpot)
- au four : méthode qui apparaît comme celle la plus communément adoptée par les forumeurs de Cream Soap
- au micro-ondes : méthode non conventionnelle que personnellement j'ai découverte avec le savon liquide et que depuis j'ai adoptée avec bonheur car elle raccourcit le temps de cuisson
3) Le matériel à utiliserselon les méthodes :
- double boiler à couvercle hermétique, qui peut aller au four
- un crockpot (mijoteuse peu utilisée en France)
- 2 casseroles l'une dans l'autre, en bain-marie
- un grand plat pouvant aller au four et au micro-ondes
De l'inox de préférence, jamais d'aluminium.
Même l'émail peut être sensible à l'action corrosive des hydroxydes. C'est ainsi qu'une participante du forum
Liquid Soap a dû renoncer à utiliser pour la cuisine, son crockpot dont l'émail s'est définitivement imprégné des couleurs de ses savons en cuisson.
Pour le plat au four et micro-ondes, pas de plastique même bien dur et épais (j'ai ainsi fait fondre une bassine). Il est conseillé d'utiliser un plat transparent (pyrex) pour permettre la surveillance de la pâte et en prévenir tout débordement.
4) La procédure de cuissonDe nouveau, je vous conseille de vous reporter aux différents liens donnés au début du post où sont abondamment détaillées les différentes étapes de cuisson avec photos à l'appui.
Personnellement, je trouve la méthode au bain-marie de Catherine Failor...peu souple et casse-pied : trop de précautions à adopter, beaucoup de vaisselle à nettoyer, une surveillance constante du risque de débordement.
C'est pourquoi la méthode au four est le plus souvent adoptée.
C'est également celle que j'ai utilisé tout en limitant la température à 80°C (176°F) pour ne pas avoir à surveiller la pâte. La contrepartie d'une telle température basse est que c'est...loooong ! Pour mes premiers savons liquides, l'opération pouvait durer plus de 6 heures. Pas très économique quand même...
Depuis, j'ai trouvé le moyen de réduire ce temps de cuisson : l'utilisation du micro-ondes. J'y mets le plat en pyrex qui contient ma pâte (depuis le début de la fabrication), je tourne le bouton Marche sur 1 ou 2 minute(s), en fonction Mijoteuse, je laisse la pâte se refroidir un peu, puis je réactionne le micro-ondes. Ainsi de suite, de nombreuses fois. Jusqu'à obtention d'une consistance de vaseline translucide *.
Si je n'oublie pas ma pâte dans le micro-ondes, elle aurait atteint cet état au bout d'une 1/2 heure, au lieu des 3 heures régulièrement indiquées par Bekka et compagnie (qui optent pour le four à température élevée, entre 100° à 130°C (212° à 266°F).
J'ai lu que seule une cuisson traditionnelle est recommandée et que le micro-ondes crée un savon instable. Que nenni ! mes derniers savons élaborés avec ce matériel moderne et bien pratique n'ont pas bougé d'un iota.
Cuisson au micro-ondes
Evolution "morphologique" de la pâte pendant la cuisson :1) Elle commence à "se détendre" pour prendre un aspect de miel lisse
2) puis recommence à s'épaissir
3) Petit à petit, la pâte va devenir translucide
On observe cette translucidité d'abord sur les bords. Puis peu à peu, elle gagne toute la pâte entière
Remarque : les différentes stades d'évolution montrées par les images ci-dessus ne sont pas toujours observées par les savonnières, elles dépendent des huiles utilisées. Ce qui est important, c'est le stade gel final (aspect translucide à la fin de la cuisson).Je recommande d'atteindre ce stade de gel avant d'effectuer la dilution. Cet aspect de vaseline signifie que la saponification est complète et cela diminue fortement le risque de séparation ultérieure lors de la dilution.
Précautions à prendre lors de la cuisson
1) Il faut penser à mélanger la pâte de temps à autre. Selon les forumeuses de Cream Soap, tous les 1/4 ou 1/2 heure.
Pour elles, l'objectif est d'éviter la séparation des éléments, crainte permanente avec la manipulation du KOH.
J'avoue que je ne suis pas ces instructions à la lettre. Je suis tellement paresseuse que j'ai souvent oublié ma pâte au micro-ondes...Alors penser à la mixer régulièrement me demande un pas supplémentaire que j'ai tendance à...ne pas franchir...Mais ne suivez pas mon exemple.
En tout cas, ces "oublis" de ma part m'ont permis de vérifier qu'il n'y a pas eu de séparation. C'est là que réside l'intérêt d'obtenir une trace très épaisse : la saponification est très avancée, ce qui réduit considérablement le risque de désaponification.Je pense que ces conseils de mélanger de façon régulière la pâte viseraient plutôt à prévenir le risque de débordement du savon, surtout que les forumeuses utilisent une température élevée.
En fait, pourquoi la pâte chauffée gonfle et déborde-t-elle ? Je cite l'explication donnée pour le lait mais qui s'applique en partie à notre cas : La pâte est un mélange instable d'eau et de graisses. Alors vous pensez, une fois la casserole posée sur le feu, c'est la panique. La graisse vient s'accumuler au-dessus et forme ainsi une couche épaisse et hermétique. Reste l'eau qui est en contact avec le fond brûlant de la casserole. A ce niveau et lorsque la température sera suffisante, des bulles d'air vont se former et tenter une remontée vers la surface. Mais le chemin est bloqué. Alors elles vont devoir attendre d'être en nombre suffisant pour pousser tout ce petit monde vers la sortie. Et là, c'est la catastrophe ! Donc, pour arrêter un débordement en cours, il suffit de faire baisser la température (en sortant le plat du four ou du feu) et de touiller, donc de crever la couche épaisse qui fait barrage aux bulles d'air.
En la matière, la cuisson au micro-onde présente un avantage importante par rapport à la cuisson traditionnelle :
- la pâte est chauffée de façon plus uniforme (pas de fond plus brûlant)
- le temps de cuisson ne dure que 1 minute ou 2, donc suffisamment court pour qu'on puisse, sans trop s'ennuyer, rester devant le micro-ondes afin de surveiller la pâte et mettre immédiatement le bouton Marche sur la position Arrêt dès qu'on voit que la pâte gonfle...
En plus, par rapport aux autres méthodes de cuisson, une économie appréciable de vaisselle à laver : le même plat en pyrex est utilisé dès le début du processus (mélange d'huiles et d'hydroxydes) jusqu'à la fin de la cure.2) Catherine Failor et Bekka conseillent de tester régulièrement le pH de la pâte à savon, notamment avec le Phénolphtaléine, un indicateur de pH qui vire au rose pourpre quand le pH est au-dessus de 10.
Procédure de test : prélever un peu de pâte, la mettre sur une serviette en papier, y mettre une goutte de Phénolphtaléine.
Si la couleur de la pâte est rose, le savon n'est pas encore "neutralisé", donc il faut continuer la cuisson.
Si la couleur reste incolore, signe que la pâte est "neutralisée", on peut passer au supercreaming.
Personnellement, j'avoue ne pas effectuer ces tests pourtant faciles et fiables car :
- je n'ai pas envie d'acheter cette fameuse phénolphtéine (il paraît qu'on peut s'en procurer dans les boutiques d'aquariophile) et j'ai la flemme... de sortir mon pH-mètre...
- en contrepartie, je pousse la cuisson au maximum, jusqu'à gélification * de la pâte, qui signifie que la saponification est complète.
Par contre, je teste toujours mes savons au stade final (avant et en fin de cure) avec un pH-mètre soigneusement calibré. Jusqu'à maintenant, ils ont tous un pH en-dessous de 10.5) Le supercreamingCette opération consomme les ingrédients de la phase 4.
Il faut que
la pâte soit chaude pour faire fondre l'acide stéarique, on la sort du four.
On y verse l'acide stéarique + glycérine, préalablement pesés.
On les mélange bien à la pâte et de nouveau au four pour un temps plus court (15 minutes), afin que l'acide soit bien fondu et incorporé.
Maintenant, on laisse le tout dans le four éteint mais encore chaud, jusqu'au lendemain au minimum (toujours le souci d'assurer la saponification au maximum avec la chaleur, afin d'éviter tout excès d'alcali),
avant de passer à l'étape de dilution afin d'obtenir le produit final : le savon-crème.
Remarque
Toute cette cuisson prolongée de la pâte, en plus de l'action de la soude, s'avère quand même...bien violente pour les additifs que les forumeuses de Cream Soap ont l'habitude de mettre à la trace. Je me demande ce qu'il en reste vraiment des ingrédients délicats comme le Panthénol...
Ne faudrait-il pas les incorporer plutôt au stade final de dilution comme le suggère Joseph Henry de Skin Esscentuals ?* Parfois, certains ingrédients empêchent la pâte d'avoir cette apparence translucide. C'est par exemple le cas avec l'émulsifiant
NatraMulse dans la recette "Coconut cream soap" de Bekka.
La preuve : voici l'évolution de ma pâte de savon 100% lard, qui a gardé sa couleur blanc laiteux jusqu'à la fin :