La méthode à chaud (3/3)
II) La dilution de la pâte de savon
On arrive à l'étape finale, la plus gratifiante.
Selon les huiles utilisées, la pâte le lendemain peut revêtir plusieurs apparences :
- toute sèche
- ou très épaisse
- comme du lait caillé flottant sur un peu de liquide épais.
Il ne faut pas se leurrer sur cette apparence. Avec le temps, la pâte va "s'assouplir" (relax and yield) ; il faut surtout
éviter d'ajouter trop de liquide, dans sa hâte de la rendre moins sèche et épaisse.
1) Quand peut-on diluer la pâte à savon ?
Plusieurs réponses possibles :
- on peut commencer immédiatement la dilution à la fin de la cuisson
- Mais l'avis général est...d'attendre, au moins 24h.
- Certains préconisent même de laisser la pâte se reposer pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines, le récipient bien couvert d'un film plastique. Ce premier temps de cure permet à la pâte :
# de devenir plus souple pour la dilution (et éviter l'incorporation de trop de liquide)
# à son pH de descendre
# à la saponification résiduelle de s'opérer et minimiser le risque de déphasage
Certains savonniers ne diluent pas tout de suite leur pâte car elle prend moins de place et se conserve également mieux que le savon dilué. Ils ne diluent qu'au fur et à mesure de leurs besoins.
Personnellement, quand je ne suis pas pressée, je laisse ma pâte en cure plusieurs semaines.
2) Quels matériels utiliser ?
De préférence...l'huile de coude : cuillère à manche longue, fouet manuel.
Peut être utilisé le mixer à pied (stick blender). Le mixer a l'inconvénienr de créer de la mousse, mais si vous laissez le savon se reposer, elle disparaîtra avec le temps.
3) Quel fluide ?
Se reporter au paragraphe sur les
additifs lors de la dilution de la pâte.
Personnellement, j'ai fait avec de l'eau distillée, du jus d'aloé (qui en plus de sa propriété hydratante, permet de faire baisser le pH), du vinaigre diluée (il faut aimer l'odeur...).
4) Quelle quantité de liquide ?
La plainte récurrente des savonniers est que le savon final est
trop...liquide ! Il y a des méthodes pour essayer de le rendre épais de nouveau, mais le résultat est souvent aléatoire.
Les témoignages recueillis et mon expérience personnelle confirment la vérité suivante : il faut tout de suite, à la dilution, obtenir le savon liquide avec la viscosité désirée, donc
ne pas incorporer trop de liquide. Il est toujours plus facile d'ajouter de l'eau que d'en enlever.
Chaque calculateur donne une fourchette différente de quantité d'eau de dilution, calculée de plusieurs méthodes, à partir : soit du poids total d'huiles, soit du poids des hydroxydes, soit des deux, soit du poids de la pâte de savon...
Personnellement, j'adopte la dernière solution : je pèse la pâte à savon à diluer et je commence à faire une première dilution avec le même poids de liquide ; poids de liquide = poids de pâte. Puis j'en ajoute petit à petit, selon les besoins.
La particularité du savon liquide est que la même recette peut donner des résultats différents. C'est ainsi que j'ai eu la mauvaise surprise de me trouver avec un savon trop liquide après dilution de la même recette, pourtant avec la même quantité d'eau (= 1,5 fois le poids de pâte), alors que la consistance m'a satisfaite la première fois ! Depuis, je commence toujours par incorporer moins de liquide (= seulement 1 fois le poids de la pâte) et en ajouter au fur et à mesure.
La règle d'or à suivre à cette étape :
incorporer très précautionnement les fluides, toujours en petites quantités à la fois. En plus, il peut avoir des surprises car le savon liquide change de consistance avec la cure, il vaut mieux attendre avant de mettre trop de liquide.
5) Procédures de dilution à suivre
Plusieurs méthodes également :
a) Méthode lente qui demande de la patience
C'est celle que j'ai adoptée et qui est régulièrement citée sur le forum
Liquid Soap.
- Ajouter du liquide (très chaud, il accélère la dilution), mélanger puis laisser reposer afin que la pâte (qui est souvent bien épaisse) ait le temps de se dissoudre dans le liquide.
- Puis réincorporer (
peu à chaque fois) du liquide, chaud de préférence (je mets un coup de micro-ondes), remélanger. Ainsi plusieurs fois de suite. Jusqu'à l'obtention de la consistance désirée.
L'opération de dilution peut prendre 1 à une semaine. Il vaut mieux mettre peu de liquide à la fois que trop d'eau d'un coup, les morceaux finiront par fondre si vous leur laissez le temps de le faire. En effet, je répète : il est toujours plus facile d'ajouter de l'eau que d'en enlever.
Attention également au fait, que plus on incorpore de fluide, plus grand est le risque de séparation.
Evolution de la consistance
b') Méhodes plus rapides
Je reprends les méthodes décrites par Stéphanie sur le forum
Noblessence :
Hier, j'ai donné un cours de savon liquide, et j'y expliquais que la dilution du savon est la partie où on doit sortir nos muscles de bras ! En fait, avec le temps, j'ai trouvé des petites méthodes qui facilitent ce travail :
- Je fais bouillir mon eau, ensuite je la verse sur la pâte savonneuse et je laisse à feu doux environ 15 minutes. Ensuite, je ferme le rond, je mets un couvercle sur la casserole et bonne nuit ! Je vais me coucher et le lendemain matin, hop ! Un petit coup de mixeur et le tour est joué !
- Aussi, Maurice a trouvé une autre méthode : il fait bouillir l'eau, l'ajoute à la pâte savonneuse et ensuite, il écrase le tout avec un pile-patate. Il pile pendant environ 5-10 minutes, pendant que la casserole est à feu doux, et ensuite, il passe le mixeur dans le savon, qui se liquéfie doucement.
Ces méthodes rapides ont l'inconvénient de générer beaucoup de mousse épaisse qu'il faut écrémer. Cette mousse peut-être recyclée en des boules de savon solide.
A mon avis, cette mousse est générée par l'utilisation du mixer. Il suffirait de laisser reposer ce savon mousseux quelques jours, la mousse disparaîtra d'elle-même.
c) Utilisation du carbonate de potassium K2CO3
La dilution est une opération longue et fastidieuse. Pour la rendre plus facile et raccoucir sa durée, certains savonniers ajoutent du carbonate de potassium K2CO3 :
- soit dans la solution d'hydroxydes (étape 1 : préparation de la pâte)
- soit dans le liquide de dissolution (étape 2 : dissolution de la pâte) : cf blog de
Thomaelle
Steve Mushynsky, propriétaire de
Summer Bee Meadow explique l'action du carbonate de potassium : le K2CO3 est un alkali qui saponifie les huiles (très faiblement, à un degré beaucoup moindre que le KOH) ; lors de cette opération, des petites bulles de dioxyde de carbone (CO2= gaz carbonique) sont libérées et rendent la pâte de savon moins compacte, facilitant sa dilution.
Personnellement, je préfère prendre mon temps pour opérer la dilution car le carbonate de potassium est quand même un alkali qui se rajoute au KOH, augmentant ainsi son pH. Or j'essaie par tous les moyens de rendre mon savon liquide le moins asséchant possible.
6) Neutralisation du pH
Comme je pratique un bon surgraissage, je n'ai pas besoin de "neutraliser" le savon.
C. Failor, quant à elle, surdose la potasse. Son savon est donc trop basique --> elle procède toujours à sa neutralisation (= faire descendre le pH) en ajoutant certains ingrédients :
- borax (qui permettrait d'épaissir le savon, méthode que personnellement je n'ai pas trouvé efficace)
- acide borique
- acide citrique (qui est en plus un chélatant = qui "piège" le calcaire)
Je vous renvoie à mes explications sur
IV) Quels sont les moyens pour faire baisser le pH du savon ?
Attention : l'utilisation de l'acide citrique est délicate car elle peut faire trop descendre le pH et causer la désaponification, donc la séparation !
7) Incorporation d'additifs
A ce stade, on peut y incorporer d'autres
additifs :
- des ingrédients pour rendre le savon plus émollient et doux : panthéol, protéines de soie, allantoïne, squalane...
- des ingrédients à visée spécifique (traitant, exfoliant) : argile, billes de jojoba...
- des ingrédients pour rendre le savon plus agréable à utiliser : HE , fragrances, couleurs.
Certains savonniers professionnels de Liquid Soap préfèrent ajouter ces ingrédients après la cure finale, selon les demandes spécifiques des clients.
Personnellement, je ne mets aucun additif supplémentaire. J'ai surtout joué sur la formulation : choix des huiles et surgraissage.
8') La cure
Après la dilution, on laisse reposer le savon liquide pendant un temps assez long (plusieurs semaines à plusieurs mois). Catherine Failor utilise le terme "sequester" pour désigner ce deuxième temps de cure.
Cette période permet :
- à l'odeur chimique du savon de s'évaporer
- d'observer l'évolution de la texture du savon
En effet, pendant la cure, le savon liquide peut encore changer de texture et s'épaissir. On peut alors incorporer un peu de liquide et mixer le mélange.
- au savon de devenir plus doux avec la descente de pH
En fin de cure, si ce n'est pas encore fait, on ajoute éventuellement au savon liquide : des fragrances, colorants et conservateurs.
Puis on le conditionne dans son emballage définitif (packaging) : en tube malibu, en flacon pompe, en flacon "airless".
III) La fabrication de gels, méthode C. Failor (à l'alcool)
C. Failor est la seule à décrire cette méthode dans son livre Making natural Liquid soap. Je ne l'ai pas testée et je n'ai lu aucun témoignage sur ce procédé.
Je vous la décris à titre de curiosité.
Etape 1 : préparation de la pâte
avec la méthode à chaud, cuisson sans alcool. Ne pas utiliser la méthode à l'alcool (alcohol / lye method) car l'excès d'alcool empêchera l'épaississement du gel.
Etape 2 : adjonction de solvant et de neutralisateur
Après une cuisson au bain-marie de 3 heures, mettre le pot de pâte directement sur la plaque, à feu moyen.
Pour chaque pound (454 g) de pâte de savon, ajouter 1 à 1,5 oz (28 à 43 g) d'alcool et 4 oz (113 g) de glycérine. A batch de 6 pounds (2,7 kg) de pâte nécessitera 6 à 9 oz (170 à 255 g) d'alcool et 24 oz (680 g)de glycérine.
Si la pâte doit être neutralisée, ajouter également la solution de neutralisateur (borax, acide borique ou acide citrique) à raison de 4 cuillerées à café pour les 6 pounds (2,7 kg) de pâte.
Etape 3 : cuisson du mélange et incorporation d'eau
Brasser le mélange pâte-alcool-glycérine-neutralisateur et le mettre à cuire jusqu'à dissolution complète de la pâte.
(Si l'alcool s'évapore trop vite, la pâte ne pourra pas fondre complètement ; ajouter alors un peu d'alcool supplémentaire).
Une fois la pâte entièrement fondue, ajouter de l'eau distillée à raison de 6 oz (170 g) d'eau pour chaque pound (454g) de pâte, donc 36 oz (1 kg) d'eau pour les 6 pounds de pâte.
Peser le pot de savon et le remettre à cuire sur le feu tout en brassant. Pendant la cuisson, la solution s'épaissira et pendant son brassage, à sa surface se formera une écume qui deviendra crémeux vers la fin.
Etape 4 : test de la viscosité
Repeser le pot de savon : il devrait avoir perdu 12 à 16 oz (340 à 353 g) d'eau et d'alcool.
Sous la couche l'écume, on observe une croûte fine à la surface et la solution en-dessous doit être visqueuse et élastique.
Enlever le pot de savon du feu et en prélever un échantillon qu'on laisse refroidir sur le fond d'un verre retourné, recouvert d'un film plastique.
L'échantillon doit avoir une texture de gel. S'il reste trop liquide, remettre le savon sur le feu pour que s'évapore 2 à 3 oz (57 à 85 g) supplémentaires d'eau.
Etape 5 : ajout de colorants et de fragrances
Prolonger la cuisson jusqu'à la viscosité désirée.
Enlever l'écume du dessus qui peut-être diluée et servir de savon liquide.
On obtient du gel en-dessous de cette écume, on peut lui ajouter des colorants et des fragrances. On le conditionne immédiatement car si laissé à l'air libre, une couche dure se formera à sa surface, qui ne se dissoudra pas au gel.
L'ajout d'un peu de borax préviendra la séparation du gel : y ajouter 0,5 oz (14 g) d'une solution à 33% de borax (1/3 borax + 2/3 d'eau).